Sociologie Des Réseaux Sociaux

Auteur de l’œuvre : Pierre Mercklé est maître de conférences en sociologie à l’ENS de Lyon, et membre de l’équipe « Dispositions, pouvoirs, cultures et socialisations » (DPCS) du Centre Max-Weber. Ses recherches et ses enseignements portent sur les réseaux sociaux, les méthodes quantitatives en sciences sociales et les pratiques culturelles.

Image: REUTERS/ Guadalupe Pardo

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Pierre Merckle apporte une perspective sociologique au concept de «réseau», discuté depuis quelques décennies. Même si le concept de réseaux a commencé à connaitre une popularité croissante dans les années 2000, il date des années 1960. A partir d’un grand nombre de travaux, on constate que l’analyse des réseaux reste un domaine populaire d’enquête empirique.  L’auteur défend que les acteurs des relations sociales soient réduits à leurs attributs individuels dans le domaine des sciences sociales. Ainsi, l’idée est de restituer aux comportements individuels la complexité des relations sociales

Mais d’abord il est essentiel de définir la notion de « réseau» afin de mieux comprendre le point de vue de Merckle : « Un réseau social peut être définit un ensemble d’unités sociales et les relations que ces unités sociales entretiennent les unes avec les autres, directement ou indirectement à travers des chaines de longueurs variables.»

Un nouveau concept, une vieille histoire

Merckle fait d’abord une introduction à l’approche sociologique des réseaux sociaux et à ses origines. Il nous pose deux questions fondamentales : de quelles unités élémentaires un réseau social est constitué et quelle est son étendue globale. Lorsqu’il démontre le changement progressif d’usages de réseau (des réseaux physiques aux réseaux en ligne), il souligne l’importance des choix théoriques et méthodologiques en termes d’observation des structures sociales et s’interroge sur leurs rôles.  Mercklé revient sur les travaux fondateurs de la sociologie des réseaux et sur les usages scientifiques de la notion de réseaux sociaux faits par de nombreux chercheurs. Mercklé n’étudie de plus pas seulement les caractéristiques des individus mais également les types relations entre eux, la régularité, la densité et la stabilité de celles-ci, en faisant référence à l’anthropologie et aux premières recherches quantitatives.

Le 1er chapitre s’efforce de présenter les deux méthodologies de l’analyse des réseaux (la théorie des graphes et l’algèbre linéaire) de la façon la plus abordable possible à partir d’un exemple simple. Cet exemple nous permet d’examiner l’intensité des relations, la transformation des comportements ou la quantité des biens (e.x. Information) et cherche à comprendre non pas les individus mais les relations et les régularités que chaque individu présente.

Dans une brève introduction, Mercklé explicite d’abord les notions de densité et de connexité des relations à travers quelques exemples. Bien qu’il se concentre sur un exemple simple, c’est trop détaillé. Il indique ensuite que la perte de vitesse de l’utilisation des sociogrammes a permis une montée en puissance de l’utilisation des matricielles, qui permettent d’aborder des principes, des concepts, des outils et des données relationnelles en sciences sociales. En conséquence, la mathématisation des sciences sociales rend des notions telles que les réseaux sociaux, la densité et la connexité etc. plus facilement mesurables et vérifiables. La théorie des graphes ne sert pas qu’à visualiser les relations mais aussi à les conceptualiser grâce aux théorèmes, algorithmes et raisonnements.

La sociabilité, « forme pure de l’action réciproque « 

Selon Merckle, la sociabilité n’est pas la capacité à socialiser avec autrui mais définit l’ensemble des relations qu’un individu entretient. Qu’est-ce que l’intensité de ces relations et quelles sont les formes de sociabilité ? Ce sont les questions essentielles que l’on pose dans ce chapitre.

Alors que la sociabilité se désigne comme un capital social/une ressource individuelle, il existe des intensités et formes de sociabilité : l’amitié, le bien collectif, la ressource individuelle et l’homophilie. Toute sociabilité peut être considérée comme un capital social qui se compose d’un réseau durable de relations. Il faut souligner que la mesure du capital social ne peut se réduire au nombre d’amis sur les réseaux sociaux. De Graaf et Flap (1988) ont montré qu’il n’y a aucune corrélation entre la taille d’un réseau personnel et la fréquence avec laquelle des informations sur des emplois disponibles sont trouvées grâce à ces réseaux. Il faut en réalité tenir compte d’autres paramètres : le volume des ressources matérielles, symboliques et relationnelles détenue par les connaissances d’un individu. Toutefois, le capital social ne se limite pas aux relations directes mais englobe aussi les relations indirectes. Par conséquent, la valeur d’un capital social ne dépend pas seulement du nombre et des ressources des relations, mais aussi et surtout des caractéristiques structurelles (trous structuraux) du réseau qu’elles forment autour d’elles (les relations) et entre elles, y compris pour des relations indirectes (liens faibles).

La théorie de “liens faibles” de Granovetter (1973) se forme par l’idée que “les individus avec qui on est faiblement lié ont plus de chance d’évoluer dans des cercles différents”.  En outre, Grannovetter réalise une étude des processus de recherche d’emploi avec un échantillon d’environ 300 personnes. Il en conclut que les liens faibles peuvent être “des instruments indispensables aux individus pour saisir certaines opportunités qui s’offrent à eux, ainsi que pour leur intégration au sein de la communauté” ; alors que les liens forts engendreraient de la fragmentation sociale. Le système de Linkedin peut être un exemple de “liens faibles” pour acquérir de toute nouvelle opportunité grâce aux usagers en dehors de la communauté. Le système de Facebook peut être un exemple de l’homophilie et de “liens forts” en remontant les gens semblables au-dessus de fil d’actualité ou à droite de la page.

Réseaux, Catégorie Sociales et Groupes Sociaux

Dance ce chapitre, l’auteur apporte une approche critique sur les outils des réseaux sociaux et la catégorie sociale. Il continue également de privilégier des méthodes d’analyse des réseaux et maintient une regard critique sur ces outils et leurs apports. Ensuite, il invite le lecteur à explorer le concept de l’analyse structurale, marquée par une forte tendance à la simulation expérimentale et à l’élaboration de modèles abstraits de systèmes relationnels. En effet, la démarche fondamentale consiste en des positions structurales afin de refonder théoriquement et analytiquement certains concepts les plus classiques de la sociologie. En outre, l’ouvrage tente de détailler les concepts d’analyse des réseaux, qu’ils s’agissent des notions de « densité, intensité, connexité» mentionnés dans les chapitres précédents. Pour finir, l’on constate que la notion de classes ne convient plus à des sociétés ouvertes mais des propriétés relationnelles.

Une révolution ?

Après avoir discuté les termes, les composants et les recherches ayant pour objet les réseaux en ligne, l’auteur explore les causes de ce changement avec une vision égalitaire contre la technophilie et la technophobie.

L’auteur cite les dernières recherches et nuance les questions comme la cohésion sociale, la construction identitaire et les nouvelles formes de sociabilité, plus égalitaires et moins hiérarchisées. Par ailleurs, l’auteur veut que nous gardions à l’esprit que la sociabilité n’est pas reproduite sur Internet, et que les recherches sociologiques sur le sujet ne datent pas des années 2000.

En réalité, Internet n’est pas seulement un moteur de changement. C’est un accompagnateur de ces transformations. Contrairement à ce qu’on pensait, internet n’est pas la cause des transformations mais le produit de l‘émergence de l’autonomie et la nouvelle sociabilité dans les années 60. Ainsi, nous pouvons dire que les innovations techniques ne précèdent pas les usages mais sont au contraire produites par eux.

Enfin, l’on peut conclure en considérant les réseaux sociaux comme des moyens et des objets de recherche nous permettant d’avoir une connaissance des structures sociales, des comportements individuels et de leurs transformations.